Bataille de Gerbéviller - 24 août 1914

C'est une date décisive pour Gerbéviller, une date sombre et marquant l'histoire de la commune. Sa population, son histoire, son patrimoine ont été marqués ce jour-là.

Le contexte

Dès les premiers jours de guerre (l'Allemagne l'a déclarée à la France le 3 août), 4 Armées se font face dans les environs de Gerbéviller : la 1ère et la 2e Armées côté français (la 2e étant dirigée par le général de Castelnau), la VIe et la VIIe Armées côté Allemand, la jonction entre les 2 Armées françaises se faisant dans les environs de Gerbéviller, point faible idéal pour les allemands : c'est la trouée de Charmes.

Le 24 août, 60 Chasseurs du 2e Bataillon de Chasseurs à Pied, dirigés par l'adjudant Chèvre, s'installent à Gerbéviller, derrière des barricades de fortune, avec pour mission de ralentir le plus possible les brigades adverses pour laisser le temps à Castelnau d'organiser la résistance plus en arrière. Ils tiendront près de 12 heures, non sans représailles.

À Gerbéviller

Le 24 août s'annonce comme une journée presque comme les autres pour les habitants : chacun vaque à ses occupations, on soigne les bêtes, le curé enterre une de ses paroissiennes. On pressa le pas car on sent dès le matin que la situation s'agite. Les Chasseurs à pied finissent leurs barricades, les premiers tirs sont échangés avec l'ennemi dès 9h.

Ne pouvant voir précisément leur ennemi qui leur tire dessus, les troupes allemandes commencent à se livrer au pillage et à la destruction des habituations de la rive droite de la Mortagne, tentant en même temps de repérer d'où viennent les tirs qui les empêchent d'avancer.

Si une accalmie est sentie à midi, les combats reprennent de plus belle dès le début d'après-midi. C'est une pluie d'obus qui s'abat. Les troupes françaises tiennent bon jusqu'à 17h.

À la destruction des habitations le matin, s'ajoute alors le pillage systématique de toutes les maisons de la rive gauche enfin accessible, et la torture des habitants. Les différents témoignages évoquent les viols, les habitants fusillés ou brûlés vifs, les prises d'otage.

Un seul quartier échappe à la destruction : c'est celui de l'hospice, dirigé par Sœur Julie. Forte personnalité, elle a fait face aux allemands venus y chercher des « francs-tireurs », des civils ayant tiré sur les troupes. Sœur Julie réussira à les convaincre que l'hospice n'abrite que des blessés, et parmi eux quelques allemands. Elle parviendra ainsi à épargner le bâtiment, et les maisons avoisinantes pour éviter toute propagation du feu.

Au château

Le château n'est évidemment pas épargné. Bien que surmonté depuis le début de la guerre par le drapeau de la Croix-Rouge, il sera dès le matin la cible des obus incendiaires. Le dôme est en feu très tôt, le reste suit. De même, la chapelle est une cible idéale (deux obus, principalement, ont touché l'intérieur).

Des trésors accumulés par les propriétaires successifs, il ne reste rien. L'intérieur du château n'est que ruines, les murs extérieurs sont très abimés, le mobilier a totalement disparu. De l'immense bibliothèque, on ne trouve aujourd'hui qu'une trace : une urne en cristal contenant une poussière blanche et qu'une étiquette permet d'identifier comme « cendres des archives du château de Gerbéviller ». En 1921, quand se posera la question de la restauration, le propriétaire ne conservera que les murs extérieurs du rez-de-chaussée. La chapelle a perdu la moitié de sa hauteur, des tableaux de maîtres, ses grandes sacristies et les ornements liturgiques quelles contenaient. Le Saint Tarcisius de Falguière est en miettes, il ne reste que la tête et quelques éclats. Les cloches ont fondu sous la chaleur de l'incendie il reste le bourdon, tombé dès le matin, et installé aujourd'hui à l'extérieur du bâtiment.

Après cela

Gerbéviller restera associée au statut de « ville martyre ». Les écrits sont nombreux, les cartes postales anciennes également, montrant la ville rasée au soir du 24 août. L'image du martyr de Gerbéviller a été relayée afin de dénoncer les atrocités qui y ont eu lieu et alerter l'opinion et les armées.

La ville se verra remettre 2 distinctions après la guerre : la Croix de Guerre en 1921 et la Légion d'Honneur le 23 juillet 1930, fait rare pour une commune (64 en France à ce jour). Elles sont aujourd'hui à l'hôtel de ville.

Plusieurs toiles relatent également les faits, notamment Alfred Renaudin, dont Madame a fait cadeau à la ville de plusieurs.

Enfin, les citations sont nombreuses. Terminons ce court descriptif par une phrase de Maurice Barrès : « Comme un soldat sur le champ de bataille s'abrite derrière le cadavre d'un camarade tombé, la France, le 24 août 1914, s'est abritée derrière le cadavre de Gerbéviller ».